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  • Marc Meganck

Une image et le silence


Un ciel d’un bleu insaturé, sans nuages. Vers l’ouest, soudain une traînée de condensation derrière un avion quadriréacteur. La première apparition de ce genre depuis des semaines. Une image forte et pourtant si haute, aux marges de la troposphère. La reprise est désormais observable au-dessus de nos têtes, dans le spectre visible. Pendant des jours et des jours, on aurait simplement pu voir dans cette traîne une quelconque manifestation météorologique – un cirrus allongé ?

Avant de s’estomper par sublimation, cette traînée artificielle traverse notre champ de vision pour nous rappeler ce à quoi nous avons eu la chance de goûter pendant le confinement : un ciel dégagé et pur. Bientôt d’autres traînes viendront croiser cette première ligne pour dessiner des zébrures, des toiles, des formes géométriques inextricables, des paréidolies. Alors sera revenu le temps de l’impossibilité de différencier la couverture nuageuse naturelle de celle tissée par l’homme.

Cette image annonce aussi la fin du silence, celui qui, sans être total, a enveloppé les mégapoles, les villes, les villages, les campagnes et les plages, les lisières des forêts, les chemins menant aux premiers contreforts. Le retour progressif « à la normale » peut indisposer : le trafic automobile, les travaux de voirie, les chantiers de rénovation et de construction… Les personnes de plus en plus nombreuses sur les trottoirs et les places, sur les pelouses ou dans les ravins des parcs paysagers.

Déjà marre ? Déjà trop ? La vie pleine et grouillante ou l’arrêt qui apaise ? Un entre-deux intenable pour toutes les raisons sanitaires et socio-économiques que l’on connaît ? Sans doute est-ce notre condition humaine qui nous pousse vers cette insatisfaction chronique. Cela tient de ce jugement très enfantin : « jamais content », « jamais assez bien ».

La réhabilitation du monde d’hier – tant attendue par certains, tant redoutée par d’autres –, qu’elle se fasse en tenant compte ou pas des graves dysfonctionnements observés dans presque tous les secteurs de la société, manque indéniablement de douceur, à l’inverse de ce que nous aurions dû faire au lieu de nous lamenter pendant deux mois : profiter des images, apprécier le silence.


Photo : Lubo Minar - Unsplash

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