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  • Marc Meganck

Tu te souviens ?


La soirée improvisée, les amis, la famille, les proches qui débarquent, qui s’incrustent et résistent en cœur et encore, jusqu'à l’aube, jusqu'au jour nouveau. Le lendemain sans importance, les yeux en brillance, les idées qui continuent leur danse, qui farandolent pour former l’angle aigu et juste après le grand écart – gloire au dernier verre, au dernier regard, aux loufoqueries élaborées la veille. Tu te souviens ? Les gamins dans la plaine de jeux, les bagarres de sable et de rien, les réconciliations sous le soleil, sur le toboggan et dans la toile d’araignée, les goûters d’anniversaires avec les cakes rose bonbon et les jus de pomme, les années qui glissent entre les doigts. Les visages poupons, ceux de nos enfants, à croquer, à cajoler, à porter haut sur nos épaules. Tu te souviens ? Cette boîte de nuit peuplée de silhouettes, de promesses, de décibels, de rythmes, de pulsations, de cadencés-balancés, de belles qui s’évaporent pour meubler nos nuits. Allez, dis-moi que tu te souviens ! Cette époque merveilleuse, sublime, où le mouvement de bascule était roi et même maître – va pour empereur, si tu veux. Oui maître de nous mettre et démettre hors de contrôle, hors de nous, hors du système, des lignes blanches, des clous. Tu te souviens ? La forêt, la nature, les rivières, les torrents, l’air pur. La possibilité d’une Terre insoumise. La liberté d'expression comme icône absolue. La résistance qui avait de la consistance, qui avait du sens et donnait de l’espérance. Tu te souviens les brunchs, les lunchs, les "5 à 7" et les prolongations. Les sourires, des dents blanches, des embrassades, les corps qui se frôlent, se touchent, se mélangent. Tu te souviens ? Les vagues humaines dans les plaines, les pogos, les apnées dans la foule, les montées sur le podium et les plongeons dans la fosse transpirante et gesticulante. Les feux de camps, les couchages improvisés sous les étoiles, les escapades, comme ça, sur un coup de tête, loin, profond dans le continent et les îles. Les virées, les tous et les riens, les réveils avec une inconnue ou un projet de livre, les soirées vacillantes, l’essentiel et surtout l’anodin. Tu te souviens les écrans géants et les projections fabuleuses dessus ? Ce qui faisait qu’on était en vie, comme les arbres, comme les animaux sauvages, les bêtes féroces en nous, dégagés de tout comme le ciel des nuits claires. La résistance. Le refus de la crédulité naïve. La liberté franche. C’est beau, les souvenirs… mais ça ne suffit pas à se maintenir. Qui se souviendra du foutoir quand il aura lâché prise, quand il sera redevenu dérisoire ? Qui ?



Photo: Valentin Salja - Unsplash

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