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  • Marc Meganck

Route 45

Mis à jour : nov. 13


Si on m’avait dit qu'un jour je passerais le cap des 45 ans assis… Allongé, à la limite, pour d’autres raisons, sensuelles ou mortuaires. Chaud ou froid. Mais assis ? Même pas à l’arrière d’un taxi rentrant d’une virée urbaine décadente, d’un Nouvel An russe avancé ou retardé par le contexte que l’on sait, d’un mariage expédié pour des raisons simili-sanitaires. Même pas en face d’elle, la femme qui m’a sorti de l’ornière, dans un restaurant, loin d’ici, sous le charme, jet lag et champagne, au creux d’une ville au nom imprononçable. Non. Simplement immobile dans le canapé. Avec deux options de sorties : faire des courses ou promener le chien que je n’ai pas. Avec deux options de rêves : une fenêtre ouverte sur une rue déserte ou la gueule béante d’une télévision crachant un monde bâillonné. Seul « en présentiel », avec cette voix intérieure qui nous rappelle aujourd'hui à l’ordre, nous incite à la prudence, cette voix qui nous invitait hier aux débordements, à la résistance. « Présentiel », mot du moment, détestable, comme la presse nous a mithridatisés il n’y a pas si longtemps avec ces autres termes de la rubrique « chiens écrasés » : tsunami, radicalisation, populisme, niveau d’alerte, urgence absolue… Seul sur la route 45, refusant la nouvelle Sainte Trinité : Teams-Zoom-Skype. Cogner mon verre de gin (tonic), de rhum ou de bourbon contre un écran n’a jamais rien fait tintinnabuler d’intéressant en moi. Mais saluer ma midlife crisis sur mes deux jambes à l’air libre, ça oui ! De préférence sur une plage, courant jusqu’à m’époumoner sur les ripple-marks, sautant dans les flaques abandonnées par l’océan sur l'estran. Mieux. M’offrir une quadra-biture de cercle d’amis peau contre peau, mains tendues, attrapées, serrées, baisers donnés et reçus, corps chaloupés-palpés, verres renversés-giclés, idées partagées physiquement comme on participe à un K-O collectif – ni perdants ni gagnants, simplement la vie, son « milieu ». Si on m’avait dit qu'un jour je passerais le cap des 45 ans assis, je crois que je me serais levé pour faire taire l’auteur de cette décision absurde, pour entamer enfin cette révolution à laquelle personne ne semble vouloir donner un peu de sang...



Photo: Unsplash

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