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  • Marc Meganck

Puissance 8

Dernière mise à jour : 13 juil.


Le présentateur du JT affiche un sourire de constipé. Sa bouche fait des vagues à la fois boudeuses et fébriles. Impossible de dire s’il va annoncer une victoire ou un cataclysme. Le verdict tombe finalement. La balance de l’actualité internationale penche vers le drame grand format : huit milliards d’êtres humains sur Terre d’ici l’automne 2022 ! Le record était prévisible. Espéré ? C’est autre chose… Les progrès en matière d’alimentation, de médecine, de technologie. Une démographie galopante accentuée par la longévité extrême promue par les maisons de repos, jusqu’aux portes du paradis et de l’absurde. La promesse d’être vieux et inerte pendant la moitié de son existence. L’humanité empêchée par son surplus. Huit milliards d’individus pour tout accélérer : le réchauffement climatique, la fonte des glaciers et la montée des eaux, la déforestation, la désertification, la disparition quotidienne d’espèces animales et végétales, la pollution, la destruction des paysages,… la connerie. Dans ce tableau magnifique, il y a une lueur d’espoir. Les projections sont on ne peut plus claires, les huit milliards seront équitablement partagés : 50% d’hommes, 50% de femmes. Selon les pays, les penchants philosophiques et religieux, le chiffre 8 est même prometteur. Il peut symboliser l’infini, l’abondance, la félicité, la gloire et tant d’autres schèmes vétérotestamentaires. Warf ! Huit milliards. Ce qui ne sera de toute manière qu’un palier avant la barre plus bandante des dix milliards promise avant la fin du siècle 21. Le présentateur du JT prononce « huit » comme « oui », enfin non, le « h » et le « t » sont problématiques dans sa bouche – deux grains de sable dans la fable qu’il entend nous conter. J’ai envie de lui essuyer la bouche en frottant l’écran de la télévision avec un mouchoir. Huit milliards. Selon l’invité du journal de 20 heures, c’est « tenable ». On a même « de la marge ». Encore plus si, pendant les prochaines décennies, l’humanité entière vit « comme les Africains » et pas comme ces porcs d’Américains et d’Européens. À ce stade, le présentateur du JT pourrait pousser un ouf de soulagement, mais sa bouche continue à faire des vagues, puis la moue, en alternance. Milliards de milliards ! Fini le silence. Bonjour le coude à coude dans les villes, les villages, les forêts, les montagnes, les océans. Bonjour l’angoisse. J’ai beau retourner le 8 dans tous les sens, il reste le même. Et j’hésite entre le rire et les pleurs…



Photo : Unsplash

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