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  • Marc Meganck

Les bruits secondaires

Mis à jour : 30 déc. 2020


Le Grand Fracas de l’année 2020, dont on annonce tant de répliques et d’échos, a étouffé de manière crasse ce que d’aucuns appellent « le reste ». L’actualité monotone relayée tambour battant par des médias à la botte des politiques a tout fait pour étouffer les « bruits secondaires ». Or ceux-ci sont subtils et délicats, ils sont surtout plus forts qu’on ne le pense. Ce sont eux qui, depuis les coulisses, nous font tenir, résister. La dernière tempête, Bella, a distillé à elle seule plus de poésie que les derniers mois qui se sont écoulés : la violence du vent pendant la nuit, le ciel menaçant au réveil, les averses soutenues, le répit et les attaques, la puissance des éléments, de quoi croire en un dieu bien plus qu’au spectacle navrant des hommes. Peut-être faudrait-il couper les émetteurs ? Peut-être faudrait-il nous débrancher de tout ceci et vivre en marge, en parallèle ? Pour oublier ce Grand Fracas – qui ne sera de toute manière qu’un moment dans l’histoire, un point insignifiant sur la ligne du temps –, ne faudrait-il pas appliquer les mots du Candide de Voltaire : « cultiver notre jardin » ? En somme, nous recentrer, profiter de nos bruits secondaires, ceux qui nous construisent et nous habitent. Nos pas qui claquent sur l’asphalte et les pavés, qui crépitent sur les sentiers forestiers et les plages. Un bouchon qui saute, des glaçons dans un verre. Une aiguille sur un vinyle. Le rire de celle qu’on aime, le frottement des corps, l’orgasme, la respiration lente qui suit la petite mort. Les pas de l’enfant qui, tôt le matin, court dans le salon pour s’émerveiller au pied du sapin. Les pas de l’enfant qui, en pleine nuit d’orage, court rejoindre ses parents sous la couette. Nos bruits, « secondaires » ? Nos bruits essentiels. Oublier le contexte. Parce qu’au son du Grand Fracas, l’esprit critique et rebel ne récolte plus que stigmatisation et suspicion de conspirationnisme. La révolution, hélas, n’a pas eu lieu. Il nous reste la littérature, le voyage intérieur. Il nous reste l’amour et l’amitié, en mode restreint, intime. Il nous reste à enlever la prise grégaire et bien-pensante…



Photo : Unsplash

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