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  • Marc Meganck

Le wanderer urbain


Il existe une occupation pérenne et efficace : la marche urbaine, celle du wanderer. Pratiquée au quotidien, elle sauve, elle extirpe les corps et les âmes du train-train des temps pandémiques. Un sac en bandoulière, un carnet pour les notes et les pensées vagabondes, un livre pour les arrêts. Des riens pour l’introspection et les contemplations. Libérer les sens. Laisser la place aux idées jaculatoires, au soliloque intérieur. Écrire en marchant, sous le soleil ou sous les nuages, dans le vent, les embruns et l’incertain. Cette poétique de la déambulation et de la pérégrination a porté Goethe, Kerouac, Tesson et tant d’autres vers la nature et les grands espaces. La ville exerce elle aussi une attraction puissante sur qui sait l’apprécier à sa juste valeur. Elle appelle le marcheur, elle le happe. Même réduit à une traversée urbaine, le voyage fascine, il façonne celui qui l’accomplit tel un rite propitiatoire. En 1987, lors d’une communication à la séance mensuelle de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (Le Thème de l’errance chez les Romantiques allemands), Georges Thinès ne l'avait-il pas résumé avec ces mots : « Il symbolise en effet la découverte toujours recommencée du monde et l’aventure de la connaissance. » La ville est un paysage complet et complexe, variant au fil des chantiers et des réfections, au grès des réhabilitations ou des abandons. Les immeubles-tours sont des pics, des reliefs inaccessibles. Le wanderer urbain foule les pavés, il écrase l’asphalte, il piétine les chemins de dolomie – il trace et s’efface. Les friches industrielles sont des steppes, des plaines, les parcs publics des forêts, les étangs d’agrément des lacs en réduction, les nuits de couvre-feu des déserts traversés à marche forcée. Sur les chantiers, les gravats sont avalanches et désolation, derrière les alignements de façades, les intérieurs d’îlots sont des zones exclusives ou de partage, mais toujours des secrets. Les côtes aménagées deviennent des ascensions héroïques pour gagner les places d’altitude, les descentes des plongées vers les vallées grouillantes de vie. Alors s’évader ? Il faut cingler bille en tête jusqu'aux limites, aux marges, au ring autoroutier, ce nouveau rempart qui délimite l’urbain, le suburbain et le vert restant. Sortir. S’extraire. Marcher libre et fort !



Photo: Unsplash

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