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  • Marc Meganck

La place


Plusieurs centaines, plusieurs milliers de personnes ont fait la fête sur les places d’une série de villes ces derniers jours. Quoi de plus normal… Or les mois que nous venons de traverser ont déréglé ce qui correspondait à notre définition de la « normalité ». La place a toujours été un lieu de convergence, de rassemblement, pour célébrer ou protester, mais toujours pour se réunir. La réappropriation de l’espace public – de « la rue » – par les habitants est un signal fort de la relance. Lieu découvert, espace libre, environné de bâtiments qui délimitent et accentuent la sensation de décor, la place attire, elle invite à la rencontre, elle fédère, crée des attroupements, des vagues humaines à la mobilité variable. Même si on peut lire dans la presse que « ce n’est pas le moment de faire la fête », se retrouver après des mois d’enfermement est acte salvateur, un besoin irrépressible. Le soleil se couche. Sur les pavés de la place la foule augmente à vue d’œil, elle se densifie, se resserre, jusqu'à occuper le moindre mètre carré. Installé sur les marches d’une église, le DJ d’un soir donne le rythme. La masse compacte suit la cadence sur le parvis, elle assiste à une messe des temps nouveaux, à une délivrance. Du son, des décibels. Les lampes des smartphones agités par-dessus les têtes, comme autrefois, quand on assistait à un concert de rock en brandissant son briquet haut dans la nuit noire. Des rapprochements, des embrassades, de la musique, de l’alcool pour trinquer au « renouveau », de la fumée, des éclats de voix, des cris, des rires, des reprises ensemble, les yeux qui pétillent, l’amitié, un peu de drague, des relations qui éclosent ou se fortifient – le partage, la vie. L’improvisation ajoute une indéniable dimension sociale aux récents rassemblements sur les places, les esplanades, les squares. Les réseaux sociaux accélèrent le mouvement. Une cohésion qui relève de l’évidence, comme l’a écrit Georges Perec : « Nous ne pourrons jamais expliquer ou justifier la ville. La ville est là. Elle est notre espace et nous n’en avons pas d’autre. Nous sommes nés dans des villes. Nous avons grandis dans des villes. C’est dans des villes que nous respirons » (Espèces d’espaces, 1974). Il y a tant de simplicité, tant de vérité à se retrouver sur une place pour exulter. D'une certaine façon, cet espace urbain plus ou moins vaste n'est pas sans évoquer des poupées russes. Car il y a la place publique, la grande. Et puis la nôtre, à chacun d’entre nous. Cette place secrète qui s’imbrique aux autres, notre place dans la société – cette « voie » – que l’on cherche, accepte ou réoriente, que l’on dirige certains soirs vers les lieux de symbiose.

Photo : Unsplash

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