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  • Marc Meganck

Légende d'automne


Les jours raccourcis, la nuit qui tombe rapidement. Les arbres dénudés, les feuilles mortes, rousses, brunes. La fin du cycle invite à se retourner avant que tout ne se fige encore un peu plus, bientôt, pendant l’hiver. La dernière fois, les dernières fois. Quand était-ce encore ? Les dernières retrouvailles. La dernière joie collective, partagée physiquement, massivement. Le dernier voyage – était-ce l’ultime, déjà ? Quelle était l’odeur de ce bistrot de quartier ? Le dernier verre commandé au bar. La dernière nuit blanche hors des murs. La dernière échappée belle, magnifique, grandiose. Le dernier dérapage. Cette femme, ce parfum… Les dernières vagues humaines mourant contre une scène, contre un podium. La dernière charge de cavalerie dans une plaine herbeuse. La dernière guerre à mains nues. Le dernier carnage en présentiel, les pieds dans le sang. Serait-ce la dernière année qu’un enfant croit en saint Nicolas ? L’année de la dernière innocence. Car nous l’avons sans doute perdue en cours de route, depuis que… Cet automne singulier se mue peu à peu en légende. Car il s’agit d’y croire ou pas. Au Père Noël, au Coca-Cola, aux politiques, au toubib, au tragi-comique. Deux clans s’affrontent, s’invectivent, s’insupportent. La guerre est monotone, elle manque de poésie, de saveur, de fanfare. Elle manque de sauvagerie assumée pour en finir. Elle ne fait que tordre, dissoudre, éteindre. Elle entretient les peurs, avant tout celle de vivre sans filet. On peut crâner longtemps, feindre de ne pas être affecté. Tôt ou tard, le contexte nous rattrape et nous happe, les fissures deviennent évidentes, visibles partout et par tous. La résistance a ses limites. Alors on craque. On burn-out, on bore-out. Alors on tombe. Genou à terre, les yeux rouges, le souffle court, le cri étouffé. Il ne reste que la lointaine perspective d’un paysage ouvert au bout de la route. L’année prochaine prédisent les uns, plus jamais ironisent les autres. Et la légende ne cesse d’enfler. Une histoire incroyable, qui commencerait comme ça : « Il était une fois en 2020… »



Photo : Unsplash

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