Rechercher
  • Marc Meganck

Billet non valide


Certains diront qu’on est tous dans la même panade. Il y a de ça, en effet. Mais pas seulement. L’annulation – partielle – des grandes vacances, celles de cet été 2020, est la source d’un fracas inédit. C’est aussi un miroir assez déplaisant. On ramène à soi. On ramène au planning, à l’organisation. D'aucuns évoquent, sourire narquois aux lèvres, une prévoyance obligatoire : « Comment ? Tu n’as pas acheté tes billets d’avion au début de l’année ? » D'autres pourraient avancer qu’on est tous dans le même moule. Ce qui nous rapproche probablement plus de la vérité. Et si le report et le déplacement sur le calendrier de nos sacro-saintes vacances n’étaient que des leurres qui nous mettent face à notre condition : sédentaires devant l’éternel, oublieux de ce que l’humain possède comme force inouïe, mais qu’il ne pratique plus que de manière marginale, à la belle saison, pendant la fermeture des écoles et des ministères, pendant les congés du bâtiment et les soldes estivales. C’est un système entier qu’il convient de changer et qui est sans doute en train de s’effondrer – il faut l’accepter et songer impérativement à y remédier. Des dates identiques pour tout le monde… Quel avantage y a-t-il à partir tous ensemble, dans la même direction, pour les mêmes destinations creuses ? Billet non valide pour cause de Covid-19. Levée de boucliers faiblarde, manifestations molles. La peur domine. La raison ? Peut-être. Les complications exceptionnelles liées à l’organisation de la plus longue période d’inactivité (ou d’activité relative) de notre magnifique civilisation résument bien le mal-être ambiant que tout le monde semble avoir oublié, ou du moins feint de ne pas voir : le déni de la liberté de mouvement, dans le temps et l’espace, le refus de nos envies profondes et secrètes, de nos songes décomplexés. Tout est possible, mais tout nous cadenasse. Pourquoi ? Le temps est venu de poser la question de ce rejet collectif. Le contexte nous met le nez dedans. Plus que jamais, la grande transhumance mondiale – occidentale – de juillet-août, pratiquée de manière exponentielle depuis l’instauration des congés payés, a des accents ridicules et de vacuité crasse. Billet non valide ! Avion, train, bateau… La faute à l’été ? Pas si sûr. Les paysages sont beaux à l’automne, l’hiver, au printemps. La faute à la surpopulation ? Même pas. Le monde reste vaste, malgré tout. On touche plus au manque de révolte et d’ambition. Faire l’impasse cette année sur notre île paradisiaque, sur notre montagne sacrée, notre plage de sable blanc et fin, notre désert et ses oasis. Le sacrifice n’est pas énorme, pour autant que cela soit utile, que cela nous conscientise et détermine l’orientation à donner à notre rythme de vie, à notre quotidien, notre projet pour cette Terre…



Photo : Ricardo Gomez - Unsplash

73 vues

©2020 par marcmeganck. Créé avec Wix.com