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  • Marc Meganck

Arizona Dream

C’est le grand retour des couleurs, de leurs déclinaisons, de leurs dégradés, de leur assemblage, des ressemblances avec des drapeaux venus d’ailleurs. Depuis des jours, les « chefs » – du moins la portion congrue du moment – tournent et tournent encore autour du même îlot, autour des mêmes questions, comme une danse paysanne qui ne trouve du sens qu'en se mordant la queue pour prolonger le spectacle d’un soir brumeux. L’Arizona est loin pourtant (plus de 8 600 kilomètres), mais les formations politiques qui cherchent à s’assembler ou feignent de le faire, en associant leur couleur respective, évoquent le drapeau de cet État américain : un peu plus de sept millions d’habitants, point culminant au Humphreys Peak (3 852 mètres), capitale Phoenix. Les crises politiques belges se succèdent. Les palettes de couleurs aussi. Comme s’il existait un art très subtil de convoquer ces arcs dans le ciel, de les inscrire au pinceau sur la table des négociations. On se souvient des tentatives précédentes : la « Suédoise », la « Jamaïcaine »… Et à présent le rêve américain. Que dire encore de cet ancien Premier ministre qui chantonnait la Marseillaise quand on lui demandait s’il connaissait les paroles de la Brabançonne ? D'où vient ce besoin récurrent de se référer à un autre pays, à un autre modèle, voire à un autre hymne pour nous sauver ? Qu’on l’accepte ou qu’on l’abhorre, la dernière proposition a au moins le mérite de nous rappeler l’existence de ce film : Arizona Dream (Emir Kusturica, 1993) et surtout sa magnifique B.O. signée Goran Bregovic. Le tout saupoudré de la voix d'Iggy Pop qui atteint son plus haut niveau dès le titre d’ouverture, In The Death Car : « Something’s pulling me outside / To ride around in circles ». Sortir, tourner en rond… En attendant le choix du prochain drapeau du navire amiral, la culture souffre comme jamais, ses acteurs sont prisonniers du contexte sanitaire-économique-social-politique, tels des rats dans un bateau qui prend l’eau. Et sur le pont, des "Rois mages" ne songent qu’à hisser haut leurs couleurs pour les imposer dans la skyline. La deuxième vague aura bel et bien lieu pour le secteur culturel, et elle sera longue, forte, dévastatrice.

À quand des « pouvoirs spéciaux » efficaces pour le cinéma, la musique, la littérature, le théâtre, la danse, le cirque, les arts forains et de la rue, les artistes, les techniciens ? Arizona… Soit. Mais avec du rêve et des perspectives en plus, et en grand, en vaste comme les paysage de l’Ouest américain.

Photo : Gautier Salles - Unsplash


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